Aucun homme n'est une île de Christophe Lambert

Publié le par Walpurgis

Uchronie

Format poche

Edition : J'ai Lu

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 338

Avril 1961. Le président Kennedy retient in extremis le débarquement des troupes antirévolutionnaires à Cuba : le fiasco de la Baie des Cochons n’aura pas lieu. Quelques mois plus tard, mieux préparés militairement, les Américains parviennent à envahir l’île et à renverser le régime castriste. Le Líder Máximo et ses troupes se retranchent dans les montagnes imprenables de l’Escambray, et la guérilla reprend. Ernest Hemingway, qui ne s’est pas suicidé au cours de l’été 1961, voit là une occasion unique de réaliser le scoop de sa vie : une interview de Castro et Guevara in situ. Accompagné par un faux photographe/véritable garde-chiourme de la CIA, cigare entre les dents et fusil en bandoulière, l’auteur de Pour qui sonne le glas reprend les sentiers de la guerre...

Dans mes passions adolescentes, il y a eu Che Guevara. J'en ai dévoré des livres sur lui puis on voit la face sombre des choses et on s'éloigne petit à petit... Toutefois la révolution cubaine et les personnalités du Che et de Castro sont donc loin de m'être inconnues. J'ai découvert Ernest Hemingway avec Pour qui sonne le glas puis un peu oublié pour ensuite le retrouver dans un joli livre récupéré alors qu'il allait partir au pilon Hemingway à Cuba et une autre biographie sobrement intitulée Hemingway. Je partais donc avec de bons bagages pour plonger dans l'uchronie que nous a concocté Christophe Lambert.

L'auteur part du postulat que le débarquement de la Bai des Cochons est annulé par Kennedy et que celui-ci demande à la CIA d'en organiser un autre plus sûr et ce débarquement réussit et l'Histoire s'en trouve changée. A des milliers de km de là dans l'Idaho, Ernest Hemingway va se suicider. Dépressif et amoindri par des soucis de santé, il ne trouve plus de raison de vivre mais l'annonce du succès du débarquement ressuscite l'envie de vivre du vieil homme qui souhaite interviewer Castro et Guevara alors que les américains envahissent Cuba. Si cette fantaisie de vieillard est acceptée c'est que la CIA lui colle aux basques l'agent Robert Stone alias Ronald Hooper, photographe. La mission de ce dernier : protéger Hemingway et éliminer les deux têtes de Cuba : Castro et Guevara.

Ma première impression sur ce roman est qu'il extrêmement bien documenté. C'est bourré d'anecdotes historiques véridiques, de références culturelles notamment littéraires, sincèrement c'est un délice de lire ça. En tant que lecteur, on est tout de suite aux côtés des différents personnages et à Cuba que ce soit dans la belle La Havane ou dans les montagnes de l'Escambray. L'écriture est immersive sans tomber dans les excès de descriptions et les personnages se livrent à des introspections intéressantes qui nous renseignent sur leurs personnalités. 

D'ailleurs les personnages sont très réussis et pourtant il n'est pas évident de donner sa version de personnes réelles avec une telle aura que sont Guevara, Castro ou Hemingway. En effet on peut tomber dans l'excès, les idéaliser ou faire le contraire mais ici tout est équilibré. L'auteur fait des portraits tout en nuances de ces personnages et cela concerne aussi Robert Stone et Nestor (qui ont existé mais sont quasi inconnus). Les annexes en fin de livre expliquent pas mal de choix et les références de l'auteur, ce qui est passionnant. 

On ressent beaucoup d'attachement pour Hemingway. C'st le vieux râleur qui a brûlé la vie par les deux bouts et qui en fin de vie s'ennuie ferme. C'est un homme de caractère avec un charisme incroyable qui aime profondément Cuba et qui reste lucide sur la politique que ce soit celle de Castro, de Batista ou de Kennedy. Son duo contrasté avec Stone est un régal, Hemingway sait et joue avec l'agent qui est certes passablement énervé contre l'auteur mais qui finalement se pose des questions. Alors ira-t'il au bout de sa mission ?

Du côté cubain, la résistance est bien présente. Guevara, guérillero dans l'âme, est heureux de retrouver l'essence même de son combat. Malgré un asthme de plus en plus violent, le commandante retrouve avec joie le goût de la lutte. Sa popularité est intacte au grand dam de Fidel. Quant à ce dernier, il s'était habitué aux ors du palais et aux rênes du pouvoir. La reconquête n'est pas une option pour lui et il fulmine de voir les Etats-Unis à Cuba. Ses alliés, les soviétiques, semblent hésiter à provoquer leurs ennemis pour sauver Cuba. Une hésitation qui cristallise les différends entre Castro et Guevara. 

Dans le camp, se trouve aussi Nestor. Il n'a pas fait la conquête de Cuba et il est novice en guérilla. Etudiant en cinéma, il veut filmer les soldats cubains plus que de participer au combat même s'il croit à la souveraineté de son île. Devenu le "protégé" de Guevara, leurs têtes à têtes sont de véritables réflexions sur le pouvoir et les moyens de le conquérir mais aussi sur la notion du Bien et du Mal. 

Ce roman uchronique est une réflexion sur les idéaux notamment lorsque ceux-ci sont confrontés à une réalité qu'on ne peut toujours modeler à sa guise. Trahisons, complots, loyauté, naïveté et désillusions se télescopent dans cette histoire passionnante.

 

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Publié dans SF

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F
Ça a l'air bien comme livre ! Bon je ne suppose que l'auteur n'est pas le Christophe Lambert qu'on connaît :)
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W
Très bon livre et si les personnages t'intéressent c'est d'autant mieux. Une copine en a lu plusieurs et a aimé à chaque fois.<br /> En effet c'est un homonyme de l'acteur ;-)