De soie et de sang de Qiu Xiaolong
Roman policier chinois

Grand format
Traducteur : Fanchita Gonzales Batlle
Edition : Liana Lévi
Date de parution : 2007
Nombre de pages : 358
"Impossible d'étouffer l'affaire : la deuxième victime a été trouvée ce matin, en plein centre-ville. Même mise en scène que pour la première : robe de soie rouge, pieds nus, jupe relevée, pas de sous-vêtement. Le tueur signe son œuvre avec audace et la presse s'en régale. C'est ce qui inquiète l'inspecteur Chen : pour s'exposer si dangereusement, le coupable doit avoir un plan diabolique..."
Chen Cao, l'inspecteur principal, décide de poursuivre des études de littératures et de mettre de côté les enquêtes mais la découverte de plusieurs cadavres de femmes en tenue traditionnelle et exposées à la vue de tous va le perturber dans le cours de ses études.
Cinquième tome de l'inspecteur Chen, De soie et de sang reprend les thèmes chers à Qiu Xiaolong. Corruption, dégâts de la Révolution Culturelle, capitalisme effréné se percutant au communisme en place, la Chine des années 90 est en ébullition. On retrouve aussi la spéculation immobilière, les arrangements entre politiques et évidemment l'inspecteur Chen et son adjoint Yu qui tentent de rester honnêtes dans ce jeu de dupes.
Une nouvelle dimension apparaît ici avec une nouveauté policière pour les chinois : le profilage. Ici, il n'est pas officiel avec toute une équipe, ce n'est qu'une esquisse qui met en émoi beaucoup de policiers. L'auteur montre comment la modernité bien qu'elle semble frénétique se heurte toutefois à la société traditionnelle. Et cette constatation se propage aux meurtres et au fil de l'histoire.
Pour ce tome, j'ai un peu regretté que Chen ne participe pas pleinement à l'enquête mais c'est aussi ce qui rendait intéressant ce livre. On sent qu'il s'émancipe du pouvoir et qu'il rêve d'autre chose, un trait de caractère qu'on percevait précédemment mais qui prend son essor ici. Ce détachement se traduit sur un certain relâchement de ses principes, il fraie avec des gens douteux sans moins se poser de questions mais on sent aussi une certaine mélancolie.
Comme Chen s'est éloigné, c'est le fidèle Yu qui porte l'enquête sur ses épaules. Montrant toujours un certain talent policier, l'adjoint se montre à la hauteur mais regrette l'absence de son chef et s'inquiète même de cette indifférence. Il peut toutefois compter sur sa femme qui ne se ménage pas. J'ai aimé avoir quelques nouvelles de leur situation qui évolue au fil des tomes et de savoir ce que devient Peiquin, leur fils.
Enfin, un roman de Qiu Xiaolong montre toute l'étendue du pouvoir gouvernemental en Chine et comment les cadres du Parti profitent de leur position tout en mettant la pression sur leurs sbires. Quant à la description de la Chine des années 90, elle est toujours aussi réussie et nous plonge facilement dans l'ambiance.
En conclusion, un tome sympathique qui fait évoluer Chen et qui remonte avec brio le passé sous Mao en délivrant une analyse intéressante. C'est avec un plaisir évident que je lirai la suite !
