Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys
Littérature jeunesse
Grand format
Traducteur : Bee Formentelli
Edition : Gallimard
Collection : Scripto
Date de parution : 2012
ISBN : 9782070635672
Nombre de pages : 423 pages
COUP DE COEUR !!!
Lina est lituanienne. Elle, son frère et ses parents vont être déportés par les Soviétiques. Staline a décidé de se débarrasser des ennemis lituaniens.
Il y a des pages de l'Histoire qui restent méconnues et ce livre m'en a fait découvrir une nouvelle. Une nouvelle page révoltante, dure, très ressemblante à l'Holocauste mais avec des raisons différentes.
En 1941, les soviétiques occupent la Lituanie et au mois de juin, une jeune fille de 15 ans et sa famille sont arrêtés pour être déportés. Grâce à leur histoire fictive mais inspirée de faits réels, on découvre avec horreur le sort des ennemis de Staline. Parqués comme des bestiaux dans des trains, ils roulent des km avant d'arriver au-delà de l'Oural pour travailler dans un kolkhoze. Ce début est déjà éprouvant et couvre une majorité de l'histoire mais la suite est encore plus terrible...
Les personnages ne tombent jamais dans le pathos et sont bien construits. Lina est une ado courageuse et intelligente. Sa passion pour le dessin et les souvenirs de sa vie passée l'aideront à maintenir l'espoir dans son propre coeur. Son petit frère Jonas est un gamin lui aussi courageux et attachant. Propulsés dans l'horreur, ils montrent un courage étonnant et une intelligence incisive où l'instinct de survie et la débrouille se sont grandement développés. Leurs parents sont plus en retrait surtout le père qui est à la fois le grand absent et l'espoir de la famille. La mère Elena est à l'image de ses enfants (même s'il serait plus juste de dire le contraire).
Mis à part cette famille, une petite galerie de personnages l'accompagne. Tous des déportés souvent présents dès le début. On notera l'importance d'Andrius et de sa mère, des personnages dont l'ambiguïté est parfaitement expliquée. Quant au Chauve, on ressent une envie de le claquer comme tout à chacun dans le roman mais chacun a sa façon de traverser les épreuves...
L'histoire a donc une grande forme mais l'auteur a su rester sobre et ne pas sombrer dans le mélodrame. Ces gens ont souffert surtout de la faim et du froid et pourtant ils créent des bulles d'espoir pour se maintenir en vie. Si l'homme est un loup pour l'homme, il sait aussi se serrer les coudes et se sacrifier pour les autres. La nature humaine est un véritable mystère...
Et une dernière chose, c'est la première fois lors d'une lecture que j'ai des frissons et voici le passage incriminé :
"On entendit des bruits métalliques et des grincements : ils divisaient le train. Puis ce fut un bruit d'une tout autre nature.
-Ecoutez, dis-je. Les hommes.
Le bruit s'amplifiait, ne cessait de s'amplifier. Ils chantaient à tue-tête. Andrius joignit sa voix aux leurs, puis ce fut le tour de mon petit frère et de l'homme aux cheveux gris, et enfin, du Chauve. Ils chantaient notre hymne national, Lituanie, terre de héros...
Je pleurai."
Un livre bouleversant sur une page méconnue de l'Histoire qui a le mérite de ne pas être larmoyant. Un coup de coeur !
Livre lu dans le cadre du