Les Versets sataniques de Salman Rushdie

Publié le par Walpurgis

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Format poche

Traducteur : A. Nasier

Edition : Pocket

Date de parution : 1999

Date de parution originale : 1988

ISBN : 2266098047

Nombre de pages : 701 pages

 

 

 

Gibreel Farishta et Saladin Chamcha sont les seuls survivants du crash du Bostan. Pourquoi ont-ils survécu ? Qui les a sauvé ? Pour quelles raisons ?

 

 

Dans la famille des livres polémiques, je demande les Versets sataniques. Livre, ô combien célèbre, pour la fatwa dirigée contre son auteur Salman Rushdie. Pourtant il serait réducteur de penser que ce livre n'a qu'un aspect religieux, c'est une critique féroce sur différents aspects de la société et même si ici l'histoire prend place sur le continent indien, la Grande-Bretagne et l'Arabie, les choses dites peuvent être facilement transposées.

Il va être difficile de parler du livre car l'auteur a décidé d'entremêler différents récits et le style d'écriture est parfois confus et déluré. Pas évident de suivre le fil...

D'un côté, on suit donc deux personnages, le truculent Gibreel Farishta, acteur bollywoodien et Saladin Chamcha, acteur-voix indien fortement anglicisé. Gibreel sera choisi comme l'incarnation du Bien en tant que l'archange Gabriel et Saladin sera le Mal et deviendra le bouc. De l'autre côté, on se retrouve à Jahilia aux côtés de Mahound et de quelques fidèles. Mahound est adepte d'une nouvelle religion et à Jahilia on a du mal à accepter le Dieu de Mahound car il est unique alors que la ville compte 362 divinités. D'ailleurs, il est intéressant de se renseigner un peu sur l'histoire de Mahomet pour comprendre certains passages.

Et enfin, on retrouve une troisième récit avec un personnage féminin appelé Ayesha qui souhaite conduire un village entier jusqu'à la Mecque en traversant la mer à pied.

Ces trois récits imbriqués forment donc l'histoire du livre. Le point commun dans ces trois parties est la présence de Gibreel.

Rushdie raconte donc  à sa manière les débuts de l'islam et de l'ascension de Mahound (Mahomet donc). Le prophète n'est pas épargné par la plume de l'auteur et comme je me le suis dit vulgairement dans ma tête pendant la lecture, "il s'en prend plein la gueule" surtout avec les révélations que fait un de ses proches disciples qui met en doute la sincérité du prophète. Bref, l'image du prophète est donc bien égratiné.

Toutefois, Salman Rushdie ne s'arrête pas là car la Grande-Bretagne en prend pour son grade avec la description des quartiers où les inégalités sociales se bousculent, où les immigrés sont considérés comme inférieurs et comment la police s'amuse à humilier et torturer les étrangers.

Je ne parle même pas du portrait au vitriol qui est fait sur les indiens qui s'anglicisent à outrance en espérant perdre tout leur côté indien, cet aspect sauvage qui leur fait honte. Le personnage de Saladin Chamcha est la représentation de ce genre de personne.

Même si la critique prend une énorme place, il ne faut pas oublier tous les questionnements qui découlent du récit car c'est avant tout un récit sur l'homme. Pourquoi on doute ? Comment devenir meilleur ? Comment s'accepter ?

Bref, c'est décousu, parfois ennuyant, parfois superbe et souvent barré. On essaye de voir où l'auteur veut en venir et on se pose mille questions. C'est un roman qui mérite mieux que la réputation sulfureuse qui lui a été faite. Certes, les propos du livre ne sont pas innocents mais il est plus que qu'on en a dit. Et je reprendrai ce qui est écrit sur le quatrième de couverture et qui vient du journal Le Monde "L'un des livres [...] [sur lequel] il semble important de se faire sa propre opinion."

 

Walpurgis

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panopteric 01/10/2012 16:12

Rushdie: l'autre pèlerinage


GIBREEL

Si tu veux renaître, Baba, renaître le père, le fardeau et l'espoir des fils... Deux hommes tombent vers les rives d'un occident d'eux-mêmes: lâchons tous les noms, tous les personnages, et vivons
la chute, et l'air pur de la quasi-aube se remplit de corps, des corps maintenant quasi-infinis, et flottent les débris de l'âme, et meurt un instant la paranoïa des frontières, et sont sectionnées
d'absurde, en retour, les langues maternelles. Mais pour l'heure... le coeur de l'acteur résiste encore, pitre-nation, comme s'il s'abritait encore dans sa tente bédouine, reconstituée en son
gratte-ciel; tout au long de sa chute, encore il reconstitue. Sous la pression d'un environnement extrême, on acquiert des caractéristiques: thixotropie de l'être, cette impossibilité à mourir, dès
la naissance, volonté de survivre qui s'empare, ordonne l'ipséité, même si l'on n'a rien à faire de ce truc-là, un virus sans nom encore. Ce ne sera vraiment la mort que lorsque l'image même en
disparaîtra, refusera de se reproduire, sera aura seule; mais pour l'heure, c'est comme une envie de maladie, une invasion par une chaleur qui excite au monde, Rushdie en étudie toutes les
métamorphoses, de la théosophie d'A. Besant aux champs unifiés de la physique quantique, pour tenter l'amour, cette foi à double sens. Lors de chaque crise de la maladie, punition divine, mal
imposé, la foi se perd, et les pères sont inutiles, chaque père ayant promis à son fils - mais ne sachant l'utiliser - une lampe d'Aladin. Ce mal qui survient est bien satanique, la souffrance
relève bien de l'absence de tous et non de celle de Dieu; la guérison: change ta vie, ou bien on te l'aura rendue pour rien. De la nation et de la foi, ces camisoles de force folkloriques, reste un
homme en dhoti, penché sur une flaque.




MAHOUND

Pour l'heure la naissance nouvelle reste parole de diable, et la liberté, vieillesse. Il est une ville de sable qui se dit forme, où les nomades souffrent d'arriver, et où la foi, celle de la
déesse de tous les pouvoirs et de toutes les statues, promet, là où Allah avec son message unique n'est qu'un généraliste délaissé. Cibles des médias officiels: un immigré misérable, un porteur
d'eau qui menace les forme de sable, un esclave affranchi, ces trois paresseux de la foi. Double langage: une façon de l'écouter, et la possession; ou bien la compassion, et le mal. Mais peut-on
abriter un diable dans son grenier et espérer le garder pour soi ?


L.O.N.D.R.E.S.

Paranoïa des frontières: les immigrants portent les cornes. La ville, ce rêve traumatique d'une femme transnationale, d'une matrice-réceptacle des rivalités. Au monstrueux des frontières s'oblige
la métamorphose: ils nous décrivent et nous succombons aux images qu'ils construisent. Peut-on s'aimer en langues différentes ? Mais des ectoplasmes reviennent en force aux emmurés de toutes les
fois: explique-moi ce type, qui n'a pas de but et l'air de posséder un secret.


AYESHA (LE PELERINAGE)

Elle est belle, et aussi atteinte du grand mal, cette onde privilégiée mais qui l'exclut au couple. Refusant la prostitution, elle rencontre l'Archange; dès lors elle est interdite à tous les
autres, et se désespère l'amoureux transi; elle déjà déclare le pèlerinage: une mer doit s'ouvrir. L'exil est un rêve de retour glorieux - un appartement en location - une forteresse nouée, et un
lieu d'expérience, comme à l'effluve de l'orage toujours attendu. Un océan obligatoire est-il pire qu'un puits interdit ? Autour, une cité inaperçue, car lui maigrit, milite, rêve, parle: au cours
de son émigration il avait été perdu; les êtres humains sont temporaires mais avec ce peu d'espoir toujours d'être déclarés un jour permanents. La ville est un monde aplati, psychotique, de
corn-flakes; mais quelque part encore quelqu'un y cuisine le large, s'accommode, nourrit. Absorbant, le corps change, en un immense pays maintenant sans frontières, obèse. Il passe la forme, arrive
un homme-bouc, et tous les autres phénomènes tentent la boucle; mais la tentative de maquillage de son origine relève, elle, de l'impossible. Le diable gémit alors sur son sort, pourquoi ce mal, et
pourquoi moi ? L'archange joue tout d'abord, tente de croire ensuite, et y parvenant, enfin, chute: la contrefaçon est prospère mais n'enfle que la forme.

Un conte sur la métamorphose d'un self-made British man, mais seuls ceux qui s'exposent à l'hypoxie hymalayenne de l'Inde lyrique y vivent en dehors de la forme: quand tu descends, tu es réduit au
silence. Migration impossible, Shangri-La, combien faut-il de passages pour être de toutes les formes ? Là est sans doute bien le blasphème qui est de tous les délits, comme ce fantôme encore perçu
à mes lèvres, et pourtant déjà éteint dans le cendrier: cessons de nous laisser dire les formes; Un - que nous devenons tous, les détourant progressivement toutes, choisit enfin Lucrèce contre
Ovide - faisons lui confiance au risque de toutes toutes les fatwa - lui seul est purement littéraire, linéaire, enfin, cesse toutes les traversées, snobe toutes les différences d'espèces, choisit
l'inter-règne, par l'entrée obligée dans la haine, la soumission au mal, ce contrepoint du voyage: une déliaison en pierres d'attente. Une possession, diront les puissances du dogme. Un - que nous
devenons tous - passe à l'action, et dans une dernière concentration de sa haine, dans un nouveau saut, passe à l'informe humaine. Abandonnant toute présomption de réception en Gaïa, il rejoint un
Moi intrinsèque, échappe à toute pesée; tout ce langage des formes mouvantes gagne la pensée en amont du langage, tente à l'amour du réel, par la traversée de la haine. La lutte du bien et du mal,
est, chez Rushdie, cet inconciliable d'événements-formes à réconcilier: Je passe à l'action.

La liberté est un état métastable, un climat, et nous sommes face à la tentative du retour, schizophrénie du migrant et sa tentative de reprise en main par la religion. Je n'ai plus peur de dormir
maintenant, parce que tout ce qui m'est arrivé pendant mes heures d'éveil est bien pire: mort, possession par la langue, folie de conviction, guérison de la moitié marchande en soi. Tout système
s'enrichit de la métastabilité de ses compartiments; la guérison peut advenir, mais c'est le réel qui a changé.


RETOUR A JAHILIA

La ville n'est plus de sable, et le culte des morts est en déclin. La ville n'est plus mirage, mais ce quotidien des pauvres. Il s'avance pour clouer son père sur le mur. L'homme d'affaires qui
débitait des règles ré-écrit la révélation.

Ils quittent les jupes des femmes, ils regagnent les femmes multiples sans plus de nom, les gardes ont les yeux baignés de larmes, et l'événement survient: la foule se met à rire. Ecrivains et
putains, tu ne peux leur pardonner, tu les crains de leur pouvoir, jaloux, elles t'interdisent car tu les vois douleur, et tu t'interdis leurs différences.


AZRAEEL

Tout homme qui a atteint ne serait-ce que son adolescence intellectuelle commence à soupçonner que la vie n'est pas une farce; (...) qu'au contraire elle fleurit et fructifie sur les abîmes
tragiques et profonds du dénuement essentiel dans lequel plongent les racines du sujet (H. James, cité par Rushdie). "Un arbre, capable de prendre la place métaphorique de celui que son père avait
abattu dans le jardin lointain d'un autre monde incompatible", poursuit Rushdie. Cohérence, racines, suivre: nous sommes bien loin du temps des révélations, les choses créées suivent leur chemin,
et seuls les Himalayas connaissent le changement. Refaçonnés, nous refaçonneront, et l'existentialisme peut se lire aussi à la force d'une origine. Un obstacle jaillit du choc avec la montagne mais
fait effet: l'histoire est violente, aucune bibliothèque en ordre n'est plus accessible, il n'est pas rare pourtant que des exégètes de la littérature théâtrale, vaincus par le personnage,
attribuent ses actes à la malignité gratuite, option contre laquelle s'élève Rushdie, l'originaire étant le combat auquel l'homme moderne n'a plus accès. Un moi continu se métamorphose ignorant les
éclats d'orage d'un processus traumatique discret; c'est le façonnement traumatique du moi qui permet et nécessite la profondeur du mal, le "bon" tentant désespérément de rester un homme non
traduit. Archange illusoire du moi continu, d'une "essence" indépendante et sociale, et le mal à l'oeuvre en détourage impératif d'un moi discret qui tente, qui chute vers, mais pas contre.



LA MER

Pèlerin, prophète et adversaire; Archange, fou et jaloux. Il avance, en luttant de ses nombreuses histoires; il traverse la ville, la foule diachrone de zombies, ce milieu amorphe, il avance dans
la confusion des langues, dans un babil ou un murmur, et cette marche est lutte contre tout un social, contre tous les politiques: les versets sataniques sont une traversante d'un réel directement
pensable comme continu, riant les dogmes des découpes; le réel est dit comme ce processus qui nous traverse, et non plus comme ce mystère qui nécessiterait guide: les pèlerins se noieront. C'était
marée haute, et l'asphalte de la ville devenait sablonneux, atteinte nomade, sans aucun but transcendant, mais le milieu se tisse sous nos pas, par ce retour au multiple du temps que les
généalogies nous trichent. Reprise en main du multiple du soi, dans lesquelles les métamorphoses elle-mêmes deviennent artifices: le temps du réel est le marché du marcheur solitaire; la
thixotropie pèlerine atteint à une communaut

Frankie 09/05/2012 09:29

Ce n'est pas un livre qui m'attire mais chapeau pour avoir réussi à le lire ! :)

Walpurgis 09/05/2012 10:11



Merci Frankie ! Euh oui c'est complexe, quelques longueurs bref pas non plus ma lecture de prédilection ^^



L'irrégulière 06/05/2012 15:06

J'avais essayé de le lire, mais abandonné car je ne comprenais rien. Ceci dit j'étais jeune à l'époque, il faudrait que j'essaie à nouveau !

Walpurgis 06/05/2012 20:39



La première fois que je l'ai lu (il y a plus de 10 ans) je n'avais absolument rien compris moi non plus comme quoi notre cerveau évolue bien ^^



Florel 06/05/2012 12:14

J'ai envie de lire, mais va savoir pourquoi tes deux ou trois réticences par rapport à ce livre me freine un peu,:s mais je le tenterai quand même mais sans doute plus aussi vite que je voulais.
^^
Bon dimanche et bonne lecture.
Biz biz.

Walpurgis 06/05/2012 20:40



Il faut avouer que c'est un livre dense, complexe et avec quelques longueurs. Tout ne m'a pas plu mais c'est un livre intéressant !