Les Rougon-Macquart, tome 17 : la bête humaine d'Emile Zola

Publié le par Walpurgis

Roman classique

Format poche

Edition : L'Aventurine

Collection : Classiques Universels

Date de parution : 2000

Nombre de pages : 318

Le sang exécrable des Rougon-Macquart court dans les veines de Jacques Lantier, fils de Gervaise et héritier d'une lignée maudite. Lantier a assisté au meurtre d'un notable par le chef de gare du Havre. Pour se protéger, la femme de ce dernier, Séverine, le séduit et devient sa maîtresse. Auprès d'elle, et dans les vapeurs de sa chère Lison, sa locomotive, Jacques pense pouvoir conjurer ses pulsions meurtrières, résister à " la hèle enragée qu'il sent en lui " à la seule vue de la nudité d'une femme.

Avec La bête humaine, Zola écrit sans doute le tome de la série le plus violent et le plus sombre. Après le lumineux Le Rêve c'est comme s'il avait voulu décrire les deux faces d'une pièce.

L'histoire se déroule sur la ligne de train Le Havre-Rouen-Paris. Un détail qui m'a particulièrement aidé à imaginer les trajets puisque c'est une ligne que j'ai prise durant 4 ans pour mon travail. Le protagoniste des Rougon-Macquart est Jacques Lantier. Fils de Gervaise et de Lantier, il a été recueilli par sa tante Phasie qui vit non loin du train, dans la campagne cauchoise. Désormais âgé de 26 ans, le jeune homme dédie sa vie à son travail et notamment à la locomotive La Lison qu'il chérit comme une femme. Son seul tourment vient d'une tare qu'il pense génétique, il ne peut voir la peau nue d'une femme sans avoir la féroce envie de la tuer.

Et pourtant ce n'est pas lui qui commettra la meurtre qui va déclencher le récit de La Bête humaine. C'est Roubaud, sous-chef à la gare du Havre, et sa femme Séverine qui vont assassiner leur protecteur Grandmorin suite à la jalousie amoureuse du mari. Un meurtre dont le seul témoin est Jacques... Effrayé, le couple meurtrier va se rapprocher du conducteur de locomotive afin de ne pas être attrapé.

Zola va se servir du trio infernal pour plonger dans la violence des relations. Mettant en parallèle deux couples : Roubaud et Séverine, tante Phasie et Misard (ce dernier empoisonne sa femme). L'écrivain décrit la perversité des hommes face à leurs épouses. Que ce soit par jalousie ou avidité, les hommes les écrasent, les pilonnent avec leur force, leur ruse ou leur influence. Le personnage de Grandmorin dont on découvre assez rapidement la violence sexuelle montre que cela n'est pas l'apanage d'une classe sociale ouvrière ou pauvre. Les femmes sont-elles innocentes pour autant ? Non. Se détachent du roman trois figures : la manipulatrice sous le vernis de l'innocence, la guerrière paysanne et la vieille femme rusée. 

Personne donc n'échappe aux portraits violents et sombres qui forment La Bête humaine. Celle-ci n'est autre que les profondeurs les plus noires de l'âme humaine et rien ne semble possible pour y échapper. L'engrenage où sont pris Roubaud, Séverine et Jacques ne se bloque à aucun moment. Il est parfaitement huilé et les conduit à un gouffre irrémédiable. 

Un très bon tome de la série assez court mais d'une grande violence. Le lecteur, ici, ne s'apitoie pas sur les protagonistes bien trop pervertis par leurs sentiments. La noirceur de l'ambiance est particulièrement réussie et j'ai beaucoup aimé l'ambiance du monde du chemin de fer.

 

Publié dans Classique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Je l'ai lu il y a très longtemps mais il m'avait fait une forte impression. C'est un de mes préférés de la série des R-M, avec L'Assommoir et Germinal. J'y ai vu le précurseur du roman noir moderne.
Répondre
W
C'est vrai que l'ambiance fait penser au roman noir, tu as dans doute raison.
J'ai aussi beaucoup aimé L'Assommoir qui est mon préféré. Germinal est très bien aussi même si le comportement d'Etienne est si lâche, j'ai hâte de voir si on sait ce qu'il est devenu.