Le moineau de Dieu de Mary Doria Russell

Publié le par Walpurgis

Roman SF

Format poche

Traduction : Béatrice Vierne

Edition : Pocket

Date de parution : 2019

Nombre de pages : 800

Terre, début du XXIe siècle. Un signal musical d'origine inconnue a été capté par une station de scientifiques. Commanditée par les Jésuites, une mission dirigée par le jeune Emilio Sandoz, tout à la fois prêtre et linguiste de haut niveau, part dans l'espace à la recherche des extraterrestres.
Tous se préparent à affronter la mort et la solitude, mais la catastrophe qui les attend va bien au-delà de ce qu'ils redoutaient. Rome, 2059. Enfin de retour sur Terre, Emilio Sandoz — unique survivant de l'expédition — est traduit devant un tribunal chargé de sonder son âme et de le punir pour les horribles crimes dont on l'accuse. Cet homme, transformé par son expérience, aurait-il été abandonné par Dieu ?

Avec Le moineau de Dieu, je vous présente un roman qui se mérite. En effet, le début (les 300 premières pages tout de même) m'a paru atrocement long et peu intéressant. Mais la suite est de tout premier ordre et montre tout le talent de l'auteure pour ménager son suspense.

Le récit alterne entre deux périodes : celle du retour du père Emilo Sandoz après 40 ans d'absence et celle de la découverte du chant extra-terrestre qui va lancer la mission jésuite sur Rakhat. Un seul chapitre se passe antérieurement et narre la rencontre entre deux protagonistes de l'histoire. C'est un roman où la psychologie des personnages est très fouillée et le premier tiers du livre y est largement consacré. C'est là que le bât blesse car c'est trop. J'ai trouvé que beaucoup d'informations étaient inutiles et qu'on aurait pu s'en passer facilement. En tout cas c'est cette impression qui m'a dominé lorsque j'avais fini le roman. Heureusement les passages de 2059 et 2060 basés sur la personnalité d'Emilio Sandoz en plein stress post-traumatique sont intéressants et c'est ce qui motive le lecteur à tourner les pages.

Comme l'histoire alterne deux temporalités, les personnages sont différents mis à part Emilio Sandoz, jésuite et linguiste de grand talent. Par bribes ou par paragraphes entiers, on apprend tout sur ce portoricain issu d'un quartier mal famé et qui s'abandonne complètement à Dieu une fois la mission spatiale lancée. Il semble être une figure de saint à l'instar des martyrs du début de la chrétienté. Son histoire est d'abord celle d'une rédemption, lui le délinquant qui trouve un cadre dans la prêtrise mais c'est aussi une histoire de mise à l'épreuve : sa foi qui ne fait que grandir de façon exponentielle va être mise en difficulté face aux événements sur Rakhat et son retour sur Terre. Il est aussi l'incarnation du coupable jugé à l'emporte-pièce et qui se trouve démuni et pétri de culpabilité devant ses actes. Son cas soulève la responsabilité de l'homme, de sa naïveté face à un monde nouveau.

Toutefois ce personnage central n'est pas le seul à représenter ce dernier cas. Jimmy Quinn, Anne et George Edwards, Yarbrough, Marc Robichaux ou Sofia Mendes (l'équipage qui l'accompagne) le sont tout autant. L'auteure, anthropologue de métier, narre à travers eux les difficultés de ne pas "contaminer" une planète et une société étrangère. Malgré les précautions, la raison et la bienveillance qui les guident, les personnages vont transformer malgré eux la société de Rakhat et en subir les conséquences. De plus, la méconnaissance d'une culture malgré un apprentissage scientifique ne peut englober tout ce qui la compose et les hypothèses ne remplacent pas le savoir absolu. C'est donc une tragédie qui se joue au fil des pages. Les premiers instants paradisiaques vont laisser place à la réalité du terrain.

En parallèle en 2060, Sandoz suit un chemin de croix avant de raconter et d'expliquer ce qui s'est passé sur la planète extra-terrestre. Entouré de jésuites et du général de ceux-ci, il va devoir aller au-delà de sa culpabilité pour rétablir la vérité. Sandoz s'est-il prostitué sur Rakhat et a-t'il tué une enfant ? Voilà ce que veulent savoir ces hommes dont l'un d'entre eux se montre particulièrement hostile au prêtre linguiste. De plus la mutilation qu'il a subi aux mains est-elle une punition ? Le traumatisme du prêtre va être une véritable barrière pour ces hommes avides de vérité et qui n'ont qu'une idée partielle des événements.

En refermant ce livre, je me suis dit que j'avais bien fait de persévérer car c'est l'une de ces histoires bouleversantes qui marquent le lecteur. Le moineau de Dieu raconte un premier contact sous un angle original et bien exécuté. Malgré un début poussif, j'ai vraiment aimé ce roman et j'aimerais beaucoup lire la suite The children of god (non encore traduite). Une interview de l'auteure est disponible en fin d'ouvrage et apporte un éclairage intéressant sur le travail de Mary Doria Russell.

Publié dans SF

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article