Les testaments de Margaret Atwood

Publié le par Walpurgis

Roman SF

Grand format

Traduction : Michèle Albaret-Maastsch

Edition : Robert Laffont

Collection : Pavillons

Date de parution : 2019

Nombre de pages : 532

Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l'intérieur.
 

34 ans après la parution de La servante écarlate et quelques années après la série, Margaret Atwood a donné une suite à son roman culte. Clairement, l'auteure et le créateur de la série ont travaillé main dans la main pour que Les testaments collent aux éléments nouveaux apportés par la série. Pour ceux qui suivent cette dernière, l'effet de surprise sera moindre quant à l'identité des narratrices mais l'histoire reste intéressante puisque le lecteur est invité à connaître la genèse de Galaad et ses rouages. Galaad ? Dites-vous. A nouveau tome, nouvelle traductrice qui a souhaité collé au plus près des termes. Une petite liste de termes retraduits est donc disponible en début de tome. Personnellement, Galaad me parle plus que Gilead. N'oublions pas que Galaad est le chevalier de la table ronde qui a trouvé le Graal. Le message des fondateurs pour leur nouvelle société n'est donc pas anodin, ils sont ceux qui créeront la société idéale. 

Comme l'indique le titre du roman, le lecteur prend connaissance de testaments écrits. Ce sont trois documents qui témoignent d'événements pendant le régime de Galaad. Deux des témoins sont nommés sous les noms 369A et 369B, deux adolescentes nommées Agnès et Daisy. La première est fille de Commandant. Elle se sait condamnée au mariage et ne peut l'accepter. La seconde vit au Canada avec ses parents. Lorsqu'ils meurent dans une explosion, elle va devoir fuir. Le troisième point de vue est répertorié sous le nom de testament olographique d'Ardua Hall. Celle qui l'a écrit est une femme plutôt âgée et possède un pouvoir énorme à Galaad. Il s'agit de Tante Lydia, celle qui forme les autres tantes et les servantes. Toutes les trois vont raconter des événements qui se passent 15 ans après la fin de La Servante écarlateSeule Tante Lydia va revenir sur la genèse de Galaad.

Cette suite est l'occasion d'approfondir nos connaissances sur cette société. Si Defred en parlait par bribes dans son témoignage, Tante Lydia y montre la naissance du régime, les atteintes aux libertés féminines puis le chaos avec leurs arrestations et la sélection. Tout est terriblement cruel, humiliant mais réaliste. C'est sûrement le témoignage le plus intéressant et le plus intrigant du lot. C'est un personnage rusé et intelligent qui joue serré dans la conquête d'un certain pouvoir. Son intransigeance, finalement, est nécessaire pour sa survie. Encore une fois le vrai visage de Galaad est montré. Les purges y sont courantes, les coups bas quotidiens afin de garder sa place au sommet. Que ce soit les Commandants ou les Tantes, ils se livrent une guerre sans merci. 

Par le biais d'Agnès, on découvre la vie d'une enfant et ensuite adolescente. Ce qui est intéressant c'est de voir que malgré une éducation stricte, les jeunes filles ne peuvent totalement combattre leur libre-arbitre. Avec ses camarades Becka et Shunammite, Agnès  nous fait découvrir un monde enfantin basé sur une sorte de compétition au mariage et à l'humiliation sur ses géniteurs. Par leurs regards, on aperçoit un réseau de Marthas bien renseigné, des servantes écarlates méprisés et des épouses désespérées ou ivres du moindre petit pouvoir. Le système totalitaire n'est donc pas dénué d'effets pervers comme on le savait déjà mais de nouvelles révélations viennent s'y greffer : meurtres et pédophilie. 

Le récit de Daisy est différent puisque extérieur à Galaad et largement empreint de confusion. Suite au décès de ses parents, l'adolescente doit fuir et vivre clandestinement avant d'apprendre la vérité. C'est sans doute l'histoire qui peut paraître la moins passionnante mais qui se révèle indispensable. Elle ne connaît Galaad que par les médias et la présence des Perles, missionnaires féminines qui recrutent des jeunes filles pour leur pays. Ce point de vue permet de mieux connaître la résistance et de voir comment est perçu Galaad en dehors de ses frontières.

Les Testaments contient donc les qualités qui se trouvaient dans La Servante écarlate. Toutefois, l'effet de surprise est quasi nul surtout si on suit la série et c'est un peu dommage car tout semble évident. Finalement si j'ai beaucoup aimé le roman c'est grâce à son univers car les intrigues m'ont parues faciles. Si vous avez aimé le premier roman et/ou la série, ce livre vous permettra de retourner à Galaad et d'avoir plaisir à lire ces témoignages autrement passez votre chemin.

Publié dans SF

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Frankie 30/12/2020 12:58

Je suis vraiment perplexe par ce changement de nom dans la traduction, d'autant plus que, comme tu le sais, en anglais c'est toujours Gilead. J'aime énormément ta chronique qui examine bien ce que sont ces testaments et tu parles très bien du livre. Comme toi j'ai beaucoup aimé certaines parties du roman (et même l'ensemble) mais je trouve aussi dommage que l'auteure se soit trop appuyée sur la série télé.

Frankie 30/12/2020 19:34

Ah OK pour Galaad, j'ai vu sur google qu'en fait oui c'était la traduction de Gilead pour bien des choses et notamment ce mont en Jordanie, à l'origine du nom de la république dans La servante écarlate. C'est là où je suis contente de les avoir lus en anglais, au moins je n'ai pas été perturbée :) Et oui, j'aimerais aussi avoir les avis de ceux qui ne connaissent pas la série télé.

Walpurgis 30/12/2020 16:04

Merci beaucoup pour le compliment Frankie, ça fait plaisir vu que la rédaction de chroniques prend parfois du temps.
Pour la traduction, c'est vraiment un choix de la traductrice de franciser Gilead en Galaad comme une traduction plus pure et en effet le choix n'est pas si anodin puisqu'il y a une portée symbolique.
Et pour le parallèle avec la série il n'y a pas de surprise pour les suiveuses comme nous mais j'aimerais bien savoir ce qu'en pensent ceux qui ne suivent pas l'adaptation télé.