Les Rougon-Macquart, tome 15 : la Terre d'Emile Zola

Publié le par Walpurgis

Classique

Format ebook

Edition : Bibebook

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 674

De retour de la bataille de Solférino, le Provençal Jean Macquart s'est installé dans un village de la Beauce où il est devenu le valet du fermier Hourdequin. Mais quoiqu'il s'éprenne bientôt de Françoise, la nièce du vieux père Fouan, Jean reste ici un étranger à la communauté villageoise : car le vrai drame qui va se jouer est celui de la terre que Louis Fouan a décidé de partager entre ses trois enfants.

Avec ce 15e volume, Zola explore le monde paysan. Il a choisi la Beauce connu comme le grenier de la France. Dans le petit village de Rognes, le lecteur fait la rencontre de Jean Macquart, frère de Gervaise. Revenu de la guerre et lassé de son métier de menuisier, il est devenu valet de ferme chez un propriétaire nommé Hourdequin. Jean est un homme simple qui aspire à une vie tranquille. Il aime ce qu'il fait et prend plaisir à la vie rurale. Il ne semble pas avoir de tare particulière par rapport aux autres membres de sa famille. Son histoire est l'occasion pour Zola de présenter le monde paysan mais surtout de présenter une famille que Jean va fréquenter. 

En effet dès le début du roman, Jean rencontre Françoise Mouche, une adolescente cousine des Fouan. Ces derniers sont une famille cinq adultes : le père, la mère et les trois enfants déjà adultes. La première partie du roman est largement consacrée à l'histoire du partage des terres entre les enfants. Afin que les terres restent dans la famille et que les parents Fouan puissent profiter d'une "retraite", le père se décide à scinder ces terres en trois pour Hyacinthe surnommé Jésus-Christ, Buteau et sa fille Fanny. Cette histoire est l'occasion pour l'auteur de dresser une peinture féroce des paysans. Très attachés à leur terre, ils sont pingres et prêts à tout pour conserver leurs biens. Ils ont une méfiance envers l'étranger (celui qui n'est pas du coin), portent aux nues les bourgeois installés chez eux mais détestent les propriétaires terriens. La religion n'est pour eux qu'une façade. Ils sont attachés aux rites mais ne sont pas pieux. L'éducation, la politique leur paraissent dérisoires par rapport à la météo qui conditionne leur vie. Ils peuvent se montrer violents envers ceux qu'ils considèrent comme des rivaux (pour les terres voisines par exemple) mais aussi en terme de sexe où le viol est vu comme une normalité. 

A l'échelle du village, la vie campagnarde n'a donc rien de tranquille. Les disputes, les coups bas sont nombreux. Toutefois, il existe une solidarité mais seulement si aucun intérêt n'est en jeu. C'est donc dans ce bourbier que Jean va vivre une partie de sa vie. Amoureux de Françoise malgré leur différence d'âge, il ne sera jamais réellement considéré comme l'un des locaux. Tout au long du récit, on sent le désabusement du personnage qui se rend compte de toutes les machinations possibles pour pouvoir acquérir du pouvoir qui se traduit ici par la possession de la terre. On peut trouver que Zola va dans l'exagération mais je pense que ce portrait paysan est juste même s'il ne faut pas le généraliser. Mais les problèmes d'inceste, d'enfants naturels, d'indigence ou de rivalité violente sont loin d'être irréalistes. 

Zola aborde d'autres sujets plus secondaires ici mais loin d'être inintéressants. Je pense notamment aux nouvelles machines qu'Hourdequin acquiert pour faire plus de profits. Cette introduction des machines est assez moquée des paysans d'ailleurs car méfiants envers les innovations. Il est beaucoup question aussi du prix du blé et du fameux blé d'Amérique qui fait baisser les prix. Une sorte de mondialisation avant l'heure qui paraît toujours aussi actuelle. Puis la guerre qui approche vers la fin du roman avec le fameux système du tirage au sort. Si ce dernier peut sembler démocratique (le hasard choisit) finalement la corruption se glisse partout et ce sont les plus pauvres qui trinquent évidemment.

En réalité ce roman aborde beaucoup de sujets sur le monde paysan dressant un large panorama de ce dernier et je n'ai pas parlé de tout. J'ai vraiment trouvé que ce roman était bon. Jean Macquart n'est qu'un prétexte pour plonger dans la vie du village de Rognes et dans celle de la famille Fouan. Le roman décrit des situations dures et violentes et comme souvent avec l'écrivain, la fin ne finit pas en happy end.

 

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