La commode aux tiroirs de couleurs d'Olivia Ruiz

Publié le par Walpurgis

Roman français

Grand format

Edition : JC Lattès

Date de parution : 2020

Nombre de pages : 208

À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l’intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d’une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.

Il y a des histoires qui font écho à la nôtre. Comme Olivia Ruiz, mes ancêtres ont fui l'Espagne franquiste et comme elle, je n'ai eu peu de dialogue sur ce sujet avec mes grands-parents. Ce silence n'a donc pas permis une transmission familiale et si j'ai choisi d'enquêter sur le passé par des recherches généalogiques, Olivia Ruiz a écrit cette fiction. Dans ce roman, elle a mis tout ce qu'elle aurait voulu savoir. Son imaginaire lui a donné Rita, son abuela, la somme de différentes femmes qu'elle admire.

Le prologue et l'épilogue donnent la parole à la petite-fille de Rita. Elle est la narratrice de ces deux parties et reçoit en héritage la commode aux tiroirs de couleurs. Une excitation s'empare de la jeune femme qui, après des années d'interdiction, va découvrir les secrets du passé de sa grand-mère. Entre ces deux extrémités, les chapitres correspondent aux différents tiroirs où Rita devient la narratrice et raconte via des objets les souvenirs qui y sont rattachés. 

L'histoire débute en février 1939 pendant la Retirada. Rita, 10 ans, accompagnée de ses sœurs et d'un couple d'amis de la famille, part pour la France. Là-bas ils auront à manger et du travail leur promet-on. Mais rapidement les choses se gâtent : marche à pied, peu de nourriture, les camps, le mépris des français... Rita se promet une chose, elle sera française, une vraie. De là va découler une histoire entre déracinement et réappropriation du passé. Vivant parmi la communauté espagnole, Rita va grandir et se questionner. Même si elle les fuit, ses racines espagnoles semblent toujours la poursuivre.

Sa rencontre avec Rafael qui va bouleverser sa vie la rapprochera du passé. C'est dans ce passage qu'on en apprend un peu plus sur l'histoire de cette guerre et de la résistance qui vint après la fin officielle. De cette non renonciation à la défaite, va se greffer un drame qui mènera Rita à un point où sa décision sera comme un apaisement envers le passé. Mais sa vie sera encore jalonnée de tragédies où elle ne trouvera jamais la paix de l'esprit. Toutefois les moments heureux ne sont pas occultés mais semblent rester superficiels car Rita n'a pas pu vivre la vie qu'elle aurait du avoir. Elle souffrira tout au long de sa vie d'une amputation de celle qu'elle était avant de traverser la frontière.

De ce ressentiment et des non-dits, Rita décide donc au final de les partager avec sa petite-fille. Une façon de boucler la boucle afin que le fil ne permette plus de s'empêtrer entre les fantômes du passé et l'espoir brisé par l'exil. Je pense que ce livre peut toucher tout enfant ou petit enfant de réfugié et pas seulement espagnol. Le silence qui accompagne l'exil est douloureux pour les exilés mais aussi pour les descendants. Olivia Ruiz a décidé d'écrire son fantasme du passé de son abuela, un mélange de ce que ses trois grands-parents lui ont tu. 

Avec ce premier roman, Olivia Ruiz signe un texte fort où on ressent toute l'implication émotionnelle. Par le biais de la vie de Rita, le lecteur découvre le déracinement, l'humiliation d'être un réfugié mais aussi les espoirs qui remplissent tous ces êtres avec toujours une ombre au-dessus de leurs têtes. Un très beau roman qui m'a profondément touché. 

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Commenter cet article

Frankie 17/08/2020 09:12

Depuis que j'ai vu qu'elle avait sorti ce roman, j'ai très envie de le lire. Évidemment, il n'aura pas la même résonance que pour toi mais il me tente beaucoup.

Walpurgis 17/08/2020 10:20

L'avis général est très positif. C'est une belle histoire avec ses drames et ses bonheurs.