La saga des Rougon-Macquart, tome 14 : l'Oeuvre d'Emile Zola

Publié le par Walpurgis

Roman classique

Format Ebook

Edition : Bibebook

Date de parution : 2016

Claude Lantier est le fils de Gervaise Macquart et d’Auguste Lantier (voir l'Assommoir, roman où l’on apprend qu’il a été amené à l’âge de huit ans à Plassans par un vieux monsieur séduit par la qualité de ses dessins). Il apparaît aussi dans Le Ventre de Paris. Il est ici l’ami d’enfance du romancier Sandoz, personnage dans lequel Zola a mis beaucoup de lui-même. Avec Sandoz et d’autres peintres ou sculpteurs, Claude combat pour imposer une nouvelle forme de peinture, bien éloignée des canons néo-classiques qui ont la faveur des expositions officielles. Si certains d’entre eux réussissent finalement à s’imposer, Lantier va pour sa part d’échec en échec, demeurant incompris du public et souvent de ses propres amis.

L'Oeuvre c'est l'histoire de Claude Lantier, peintre génial et avant-gardiste mais aussi éternel insatisfait de son art. A ses côtés une petite troupe d'amis qui rêvent de révolutionner l'art, chacun dans son domaine, dont Pierre Sandoz, écrivain et ami d'enfance. Alors qu'au fil du temps, certains réussissent, Claude n'arrive pas à terminer l'oeuvre qui le conduira au sommet, obsédé par une perfection qu'il n'arrive jamais à satisfaire. Son histoire est l'occasion d'explorer le monde de l'art avec le Salon officiel et le fameux Salon des refusés. D'ailleurs le tableaux exposé par Lantier fait irrémédiablement pensé au Déjeuner sur l'herbe de Manet (où apparaît Mme Zola) et le scandale est le même. Taxé de vulgaire, Claude subit les sarcasmes et le vit très mal malgré le soutien des amis et du peintre reconnu Bongrand.

Zola décrit parfaitement les rouages du monde artistique. L'économie incroyable pour les ventes d'oeuvres qui enrichissent les intermédiaires et mettent les artistes à la merci de ceux-ci, les critiques d'art qui vendent leur âme au diable pour garder leur place, les manigances pour faire garder leur place de prestige aux artistes reconnus malgré de mauvaises productions, les tourne-casaque qui préfèrent rentrer dans le rang et évidemment le conservatisme des institutions officielles. Zola s'est inspiré de lui-même pour le personnage de Sandoz dont les romans décrivent la vie d'une famille à leur époque et Lantier lui a été inspiré par Paul Cézanne, son ami de lycée. Le roman aurait brouillé les deux amis, hypothèse remise en cause avec la découverte d'une lettre datant de 1887, 1 an après la sortie du roman. Tous les deux sont des artistes qui veulent bouger les choses et convaincus par leur vision de l'art moderne mais la difficulté de Lantier (qui sera celle de Cézanne) c'est de représenter une réalité visuelle qui ne l'est pas pour tout le monde notamment avec les couleurs vives qui habillent ses toiles. Lantier aura aussi la mauvaise surprise de voir Henri Fagerolles, ami et peintre, de lui voler ses idées en les adaptant au goût du public. Tout cela mènera Claude Lantier a se sacrifier pour son ambition artistique.

Pourtant le peintre aura une alliée de poids tout le long du roman : Christine. Inconnue recueillie par charité, elle devient son amie, son modèle puis sa compagne. Dévouée et folle amoureuse, elle fait tout pour que Lantier vive son art librement. Un choix qui lui fera sacrifier son rôle de mère (ils ont un fils ensemble) et la rendra jalouse de la fameuse oeuvre qui hante fiévreusement son mari. Oeuvre dont elle est le modèle mais qui semble vampiriser son mari au point que Christine appelle à l'aide Sandoz pour en détourner son conjoint.

L'Oeuvre, fidèle description du monde artistique du XIXe siècle, est surtout le portrait d'un peintre maudit qui ne peut échapper, malgré son talent, à l'hérédité de sa famille. Indécis, anti-conformiste, colérique, égoïste, le personnage de Lantier nous émeut malgré tout. Un roman intéressant et émouvant mais qui souffre de quelques longueurs au début.

 

Publié dans Classique

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