La ferme africaine de Karen Blixen

Publié le par Walpurgis

Roman autobiographique

Format poche

Edition : Folio

Date de parution : 1989

Nombre de pages : 509

"Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs. Il possédait si bien les sonorités de la pluie que l'on se faisait abuser sans cesse, cependant, on l'écoutait avec un plaisir certain, comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène. Et ce n'était toujours pas la pluie. Mais lorsque la terre répondait à l'unisson d'un rugissement profond, luxuriant et croissant, lorsque le monde entier chantait autour de moi dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi, alors c'était bien la pluie. C'était comme de retrouver la mer après en avoir été longtemps privé, comme l'étreinte d'un amant."

La ferme africaine raconte la vie de Karen Blixen dans sa plantation de café dans l'actuel Kenya pendant les années 1914-1931. Elle y raconte son amour du pays et de la nature, son amitié pour les autochtones et les difficultés qu'elle doit affronter pour maintenir son entreprise à flot. Le récit est construit par épisodes, chaque chapitre racontant un événement différent. Toutefois le tout reste cohérent et on sent tout l'amour de l'auteure pour l'Afrique. Sa vision est parfois paternaliste et colonialiste mais jamais méprisant et on sent un réel attachement de Karen Blixen à ses employés et au pays. De vrais moments de poésie se dégagent des descriptions de la savane ou des montagnes qui contrastent avec les situations du quotidien. Je n'ai jamais vu le film Out of Africa qui s'est inspiré du livre mais si jamais vous vous attendez à une histoire d'amour, ça ne sera pas le cas. Denys Finch Hutton qui fût son amant apparaît très peu dans ces chroniques africaines.

Ce livre est quasiment une étude anthropologique du Kenya. La baronne Blixen explique les différences culturelles entre tribus : somalis, massaïs, swahilis et kikuyus, leurs hiérarchies, leurs croyances et les liens qu'elle a noué avec eux. C'est donc une lecture enrichissante avec des histoires parfois alambiquées ou tristes. D'ailleurs tout est un peu décousu car même la chronologie n'est pas respectée. Seuls les derniers chapitres consacrés à la vente de sa plantation, le décès d'un ami cher et les préparations de son départ sont de construction plus solide. 

Karen Blixen est une narratrice passionnante par sa curiosité et sa tolérance. Son amour incroyable pour l'Afrique se ressent à chaque ligne de ce livre. On apprend à connaître certains de ses employés comme le somali Farah ou le jeune Kamante mais toujours de façon un peu superficielle car la romancière ne fait qu'esquisser des portraits que l'on recroise parfois en tournant une page. Ce récit montre toutefois que Karen Blixen était un sacré personnage et son journal de bord sur son séjour africain est un joli témoignage. 

 

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F
Je l'ai lu, il y a très longtemps, après la sortie d'Out of Africa justement que j'avais vu. Je ne m'en rappelle pas vraiment mais j'ai le souvenir d'une narration un peu âpre. Le film, lui, est beaucoup plus romancé/romantique :) Regarde-le à l'occasion, il est très beau.
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W
Oui a priori le film est assez différent car centré sur la romance entre elle et Denys ce qui n'est pas du tout le cas ici.