Là-bas de J-K. Huymans

Publié le par Walpurgis

Classique

Format poche

Edition : Folio

Date de parution : 1985

Nombre de pages : 403

Partout les formes obscènes montent de la terre, jaillissent en désordre dans le firmament qui se satanise ; les nuages se gonflent en mamelons, se fendent en croupes, s'arrondissent en des outres fécondes, se dispersent en des traînées épandues de laite ; ils s'accordent avec la bombance sombre de la futaie où ce ne sont plus qu'images de cuisses géantes ou naines, que triangles féminins, que grands V, que bouches de Sodome, que cicatrices qui s'ébrasent, qu'issues humides !... et il voudrait bafouiller dans de la chair de déesse, il voudrait trucider la Dryade, la violer à une place inconnue aux folies de l'homme ! "

Il y a des livres difficiles d'accès qui nécessite un tant soi peu de concentration, Là-bas en fait partie. Si on pense directement plonger dans le satanisme du XIXe siècle et assister à des scènes macabres, il n'en sera rien, enfin disons pas tout de suite.

Durtal, le personnage principal, est un homme qui a renoncé aux femmes et à la mondanité pour pouvoir se consacrer exclusivement à l'écriture de la biographie de Gilles de Rais. Il peut compter sur le soutien de son ami, le docteur des Hermies qui va lui ouvrir les portes du foyer d'un sonneur de cloches mais aussi celles du satanisme. Mais avant de plonger dans le vif du sujet, le premier chapitre s'ouvre sur un débat entre les deux amis, Durtal remet en cause l'école du naturalisme, un écho de Huysmans brouillé avec Zola... On peut avouer que ça refroidit un peu en matière d'entrée. 

Le récit, ensuite, se découpe en deux parallèles : les parties sur Gilles de Rais et les discussions de Durtal avec les différents personnages (des Hermies, le sonneur de cloches Carhaix, Gevingey) qui portent sur la religion, l'Eglise et petit à petit sur le satanisme. Un satanisme incarné par un homme trouble, le chanoine Docre, mais aussi par la troublante Madame Chantelouve dont Durtal s'éprend. 

Les passages sur Gilles de Rais sont sans aucun doute les plus horribles du livre. Si le début reste décent avec une glissade lente de l'alchimie vers le satanisme pour de Rais, la suite n'est que tortures, pédophilie et massacres en bonne et due forme. Quant aux chapitres sur le satanisme, si on apprend énormément sur des affaires qui ont eu lieu notamment sur des possessions,  il faut attendre la fin de l'histoire pour enfin assister à la fameuse cérémonie. L'attente engendre la déception face à un moment assez carnavalesque mais qui effraie assez Durtal pour finalement le convaincre que la religion chrétienne n'est pas si mal, dans la réalité Huymans se convertira au catholicisme quelques années plus tard. Finalement de sa fascination pour les sciences occultes, Durtal préférera la rassurante présence de l'Eglise.

Ce roman fait donc état d'une démarche vers la foi mais non une foi aveugle, Durtal critique l'action de l'Eglise, sa corruption au fil du temps qui fait oublier la pureté qu'elle possédait au Moyen-Age. Mais les débats sont longs et on se surprend à bailler même si les propos ne sont pas dénués d'intérêt. 

Quant au style de Huysmans, je le trouve superbe. Le vocabulaire, les phrases, tout est soigné et précis. C'est un vrai plaisir de le lire même si on n'est pas toujours passionné par le contenu. Ce roman jouit d'une beauté stylistique avec des descriptions que n'aurait pas renié un naturaliste (désolée, Huysmans on ne se détache pas comme ça). On regrettera finalement ce que roman était ancré dans son époque et que pour nous, lecteurs modernes, son histoire de satanisme ne nous paraît ni provocante, ni horrifiante. Je conseillerais ce livre pour les amateurs de Huysmans car il pourrait dérouter par les débats incessants qui parsèment le livre au détriment de l'avancée du récit.

 

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