Voyage à motocyclette : Latinoamericana d'Ernesto Guevara

Publié le par Walpurgis

Carnet de voyage

Traduction : Martine Thomas

Edition : Mille et une nuits

Date de parution : 2007

Nombre de pages : 217

Épopée picaresque à travers l'Amérique latine du début des années cinquante, ce Voyage à motocyclette peut être à juste titre considéré comme une oeuvre de jeunesse d'Ernesto Che Guevara. Encore étudiant en médecine, Guevara est alors épris de poésie française plus que de socialisme russe. Ce qui le conduit à accompagner son ami, le médecin Alberto Granado, à travers son périple panaméricain sur sa Norton. Traversant l'Argentine, le Chili, le Pérou, la Colombie pour atteindre le Venezuela sept mois plus tard, les deux amis partent à la rencontre des différents peuples de l'Amérique du Sud. De la rencontre de médecins à celle de mineurs boliviens opprimés, des aventures en tout genre les attendent, parfois sérieuses, souvent cocasses et amusantes. Ce romantisme héroïque (que Guevara conservera) laisse place, au fil du voyage, à une prise de conscience réelle de la situation politique et sociale de l'Amérique du Sud. Document exceptionnel qui saisit sur le vif ce futur héros de la révolution cubaine.

Lorsqu’Ernesto Guevara commence son voyage, il est loin d’être le Che que tout le monde connaît. Accompagné de son ami Alberto Granado et de la Poderosa II une vieille moto, il va sillonner une partie de l’Amérique du Sud pour s’ouvrir à de nouveaux horizons. Voyage à motocyclette est le carnet de voyage de ce périple.

Ernesto a 24 ans, issu d’une famille bourgeoise il étudie la médecine. A cette époque, il n’est pas politisé a contrario de son ami Alberto. Féru de littérature et de poésie, il est un jeune chien fou, drôle, intelligent et souvent rusé. Si le voyage débute par une vision très romantique : Ernesto se voyant tel Jack Kerouac sur la route et décrivant les paysages de façon poétique, on voit une évolution de son récit au fil du temps plus centré sur les gens et la culture sud-américaine. Le récit d’aventures parfois rocambolesques se mue petit à petit en analyse descriptive des peuples d’Amérique du Sud, de la grandeur passée du continent et de la mainmise des occidentaux sur les ressources sud-américaines.

L’évènement qui va faire basculer le voyage est la panne définitive que va connaître leur moto obligeant les deux jeunes hommes à voyager au plus près des habitants et à dépendre de leur bonne volonté pour se nourrir. Si au départ on s’amuse de leur détermination à voyager à deux en moto malgré les chutes, à s’imposer dans les postes de police pour dormir et aux différentes stratégies pour pouvoir manger à l’œil, le sérieux envahit le lecteur lorsque la panne va les confronter à la faim, à dormir dans la nature et à partager de maigres repas avec des bonnes âmes qui n’ont quasi rien pour vivre.

Dans la postface de Ramon Chao (journaliste, père de Manu Chao), on termine par une touche prophétique d’un révolutionnaire étranger discutant avec Ernesto : « Tous les inadaptés, vous et moi, mourront en maudissant le pouvoir qu'ils ont contribué à créer, parfois avec de grands sacrifices, car la révolution, dans sa forme impersonnelle, vous prendra la vie. Et même, elle utilisera votre mémoire comme exemple et instrument de soumission pour les jeunesses futures. »

Ce carnet apporte un regard nouveau pour ceux qui ne connaissent que le Che et ce qui a été dit sur lui. Devenu un mythe, il a concentré légendes urbaines et une image positive de révolutionnaire romantique puis des années plus tard d’une image négative de boucher sanguinaire exécutant à tout va. Il est intéressant de voir de lire cet ouvrage de façon neutre car ici c’est le parcours initiatique d’un jeune homme qui va enfin comprendre le monde dans lequel il vit et acquérir une conscience politique. Pas d’héroïsme, de guérilla ou de discours communistes mais un voyage tout simplement.

 

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